Des Arcana Arcanorum

à la Grande Hiérophanie de Memphis-Misraïm

Quelques spécificités du Rite par Gérard Kloppel †, 

XI° Grand Hiérophante Mondial

De toutes les spécificités de notre Rite, deux, car il en existe bien d’autres, ont fait couler beaucoup d’encre, « l’Arcana Arca­norum » d’une part et « la Grande Hiérophanie » d’autre part. De quoi s’agit-il en fait ? L’objet de ce petit article, aussi concis que possible, est d’essayer d’y voir plus clair sur ces deux sujets.

On peut se demander d’ailleurs pourquoi tant de Frères et de Sœurs s’interrogent sur ces points, alors que beaucoup de choses ont été dites, car la plus grande partie est orale et pratique, on peut se référer à de nombreux auteurs sérieux (je ne parlerai pas des affabulations de certains autres). En ce qui concerne les « Arcana » , il n’est pas rare de voir un chapitre complet qui leur est consacré. Il existe également de nombreux ouvrages et articles étrangers sur le Rite (anglais, italien, allemand…), il ne faut pas l’oublier.

Certains Frères modernes, qui ne les ont point reçus, et nous allons voir pourquoi tout de suite, ont prétendu qu’ils n’existaient pas, ce qui est une façon pratique d’éluder le problème.

Pourtant même un auteur comme Ragon (bien connu et réfé­rence en matière maçonnique) en a parlé. Voici ce qu’il en dit (dans son Tuileur général de la Maçonnerie, 1861, page 307) :

« Ces grades forment tout le système philosophique du vrai Rite de Misraïm ; lequel satisfait l’esprit de tout maçon instruit. »

Pour être plus précis il faudrait spécifier de quels Arcana il s’agissait, pas ceux des Frères Bédarrides, mais ceux du Régime de Naples évidemment. Nous renvoyons, pour l’historicité, nos Frères à quelques autres auteurs (Gastone Ventura, Massimo lntrovigne, Serge Gaillet, J-P Giudicelli, Gérard Galtier). Voir également ma préface de l’ou­vrage de ce dernier.

Avant de parler des spécificités en titre, venons en à un point essentiel, pourquoi de nombreux Frères membres du 95° degré ont dit qu’ils n’existaient pas. Voici ce que j’en dis dans une interview précédant la sortie du livre de J-P Giudicelli intitulé Pour la Rose Rouge et la Croix d’Or, Axis Mundi, 1988 (page 69).

« Le Grand Maître actuel du Rite de Memphis-Misraïm, Gérard Kloppel, successeur de Robert Ambelain depuis 1985, nous a précisé que les Arcana Arcanorum, contenus dans les 87, 88, 89 et 90° degrés du Rite, ainsi que les instructions secrètes conjointes ne sont pas systématiquement donnés aux Frères titulaires même du 95° degré. Il en est de même pour le 66° qui n’est transmis qu’aux FF∴ ayant une filiation gnostique parallèle valable, de même le 20° degré, « Chevalier du Temple » au sein duquel est déposée la filiation Templière. Ainsi, en fonction de leur degré d’évolution, les FF∴ reçoivent certains degrés très ésotériques, mais qui doivent être donnés en dehors de la F.M. class que, même si ces degrés sont réser­vés à très peu… »

Puis dans le paragraphe du dessous, à la même page :

« Une dernière précision s’impose. En effet, beaucoup de 95° ou 90° ne les ont pas reçus, soit que ceux qui leur ont donné ces degrés ne possédaient pas l’enseignement interne oral, soit qu’ils n’aient pas jugé bon de leur communiquer. »

Il est spécifié par ailleurs, dans les « Grandes Constitutions » que seul le Grand Hiérophante est habilité à transmettre ces de­grés (mis à part le 66° qui doit être remis par trois Frères habili­tés et possédant la filiation gnostique). Savez-vous maintenant, depuis 1985, à combien de FF∴ j’ai transmis les « Arcana » ? A très peu, dont deux sont passés à la Grande Loge Éternelle depuis, membres de notre Souverain Sanctuaire International. Cette transmission ne dure qu’une journée très intense (alors que pour la Grande Hiérophanie, il faut plusieurs années, comme nous le verrons plus loin). Mais encore faut-il que les Frères se soient préparés par un travail de purification sur eux-mêmes pendant une longue période.

Pour en savoir encore plus sur ces sujets, on peut se reporter à l’interview magnétoscopée de notre passé Grand Maître Robert Ambelain à l’occasion du Bicentenaire du Rite en 1988, au mien à la même date et surtout à celui de 1993 où je vais plus loin dans mes « divulgations ».

Contrairement à la Grande Hiérophanie, qui nécessite une transmission durant plusieurs années de Hiérophante à futur Hié­rophante (voir lettre manuscrite de Robert Ambelain du 19 Janvier 1991, dans laquelle il précise :

« Ce n’est pas le 99° degré qui comporte la détention des 3 arcanes suprêmes, c’est la dignité de Grand Hiérophante, et on ne le devient que par cette détention, pré­cédée d’une réception »),

il convient de savoir que les Arcana Arca­norum, ou plutôt l’Arcana Arcanorum, en trois parties, n’est pas une propriété exclusive de notre Rite. C’est sans doute ce qui me fait dire plus haut dans l’interview rapportée que les degrés très ésotériques peuvent (et non doivent) être donnés en dehors de la Maçonnerie, qui n’a pas la vocation « pratique », en dehors des rituels connus de tous. L’Ordre des Pythagoriciens (O∴ H∴ T∴ M∴), le G.S.A. (Grand Souverain Sanctuaire Adriatique), I’O.K.R+C (Ordre Kabalistique de la Rose+Croix) dans son cercle intérieur, l’Ordre Osirien, l’Ordre des Elus-Cohen au niveau du Grand Réau+Croix, la R+C E, ultime degré du Martinisme dont parle Biasi dans son ouvrage sur ce sujet (éditions Sepp), etc…, les possèdent, en totalité ou en partie pour certains. Comme il s’agit d’une transmission orale, par définition elle ne peut pas être écrite. Par contre, pour ne pas perdre la transmis­sion, elle existe en langage codé, mais on ne trouve pas les clefs même dans les 72 alphabets de la Virga Aurea. Le code a tou­jours été en lieu sûr, déconnecté des documents.

De quoi s’agit-il dans les degrés suprêmes de notre Rite ? Je l’ai déjà dit et même écrit :

« de la vie post mortem en rapport avec les Traditions de l’ancienne Égypte ».

Mais encore ?

« de la façon de gérer l’après vie selon trois techniques opératives ; théurgique, alchi­mique externe et alchimique interne. »

Il suffit de se reporter à quelques ouvrages de notre passé Grand Maître Robert Ambelain pour commencer à y voir clair (cf : l’Alchimie Spirituelle, hélas le tome II n’a pas paru, encore…), mais un ouvrage en préparation sur I’O.K.R+C, d’après des documents et rituels inédits, traitera de ces questions et du rôle absolument prédominant de cet Ordre et celui de la Rose+Croix d’Orient, en rapport avec notre Rite, les lecteurs iront de surprises en surprises… documents originaux à l’appui.

Les degrés suprêmes de notre Rite sont la continuité logique de nos hauts grades (les vrais et non ceux du R.E.A.A. qui n’ont rien à voir), et qui nécessitent également une très longue préparation (surtout le 20° et le 66°). L’alchimie externe est enseignée dès le 18°, Chevalier Rose+Croix, et se complète par le 28°, Cheva­lier du Soleil, et par le 90°, Sublime Maître du Grand Œuvre, où, obligatoirement, le Frère ou la Sœur doit connaître les aspects de l’Alchimie pratique et, si possible, être sur le point de réaliser la Pierre, même partiellement. Le 30° degré, Chevalier Kadosch, est en rapport direct avec les Arcana, car il traite du passage par l’astral, qui est indispensable avant toute incursion ultérieure dans le monde divin (relire Zanoni de Bulwer Lytton). Les grades transmis autrement sont administratifs, sans plus, comme cela a toujours existé au sein de notre Ordre (voir à ce sujet l’ouvrage de G. Galtier, page 97). Ceci étant déjà vrai en 1812.

Le but ultime des Arcana est simple et clair, c’est la construc­tion du « corps de gloire » après avoir appris ce qu’est la seconde mort. Ceci est enseigné oralement au travers de diverses Tradi­tions et particulièrement celle qui fut le berceau de toute initiation dans l’Egypte antique (voir introduction dans le livre de Gérard Galtier). C’est Cagliostro, avec quelques initiés qui ont rapporté ces enseignements, nous en avons la preuve absolue, comme l’af­firmait d’ailleurs mon Prédécesseur dans son interview de 1988. Pour des raisons qu’il serait difficile de développer ici, dans le Memphis-Misraïm de nos jours, l’alchimie prévaut sur la voie théurgique qui devrait englober le Tout. Cela dépend également des prédispositions des Frères et des Sœurs concernés. Nous vous invitons à lire l’excellent ouvrage du Dr Massimo Introvigne La Magie (Droguet & Ardant, Paris, 1993), qui fait une analyse ma­gistrale et juste de ces points, non pas seulement d’un point de vue historique, mais également doctrinal, et même pratique.

Les Arcana constituent donc une pratique réelle de la voie d’immortalité égyptienne ; il y a d’ailleurs, en leur sein, des exer­cices relatifs à la montée de la kundalini et destinés à ouvrir l’accès à la « supraconscience ».

Que peut-on encore dire des Arcana, avant de passer à la Grande Hiérophanie du Rite ?

L’étape ultime de toute Initiation : (l’Adeptat) permet, non seu­lement de se soustraire définitivement à la loi de la réincarnation, mais de plus, à édifier le corps glorieux (voir à ce sujet mon article La quête de l’immortalité et l’ultime secret des R+C, paru dans le Bulletin intérieur, qui développe des techniques parallèles).

Mais le résultat dépend du niveau intérieur atteint des Frères qui y accèdent.

Il convient enfin, pour conclure sur ce premier point, d’ajouter que seuls, les anciens Arcana codés du Régime de Naples sont valables (certains FF∴ et SS∴ les ont vus), et non ceux inventés par les FF∴ Bédarrides, ni ceux de Mallinger ou de Rombaut (Belgique) qui ont d’ailleurs été reproduits dans une dizaine d’ouvrages parus récemment, et qui n’ont pas de valeu . Il en est de même de ceux de Bricaud et de Chevillon, imprégnés de Marti­nisme, même si ce dernier développe, dans ses degrés supérieurs, une voie très similaire.

Passons maintenant à la Grande Hiérophanie du Rite, ce qui est une autre histoire. Nous ne nous attarderons pas plus que pour les Arcana à ceux qui prétendent qu’elle n’a jamais existé… C’est traiter Robert Ambelain et nos Maîtres Passés de menteurs ! Des documents originaux, dans nos archives, prouvent le contraire et Marconis de Nègre, fondateur de notre Rite, ne faisait-il pas ses diplômes maçonniques « au nom du Grand Hiérophante » (voir également son ouvrage portant ce titre).

Mon Prédécesseur, Robert Ambelain, ayant habilement et in­tentionnellement mélangé Arcana et Hiérophanie, il convient de dire tout de suite ce qui les différencie. J’avais été amené en Novembre 1988 (dans le bulletin intérieur du Rite, page 41) à faire une note suite à un article de Robert Ambelain sur le Rite de Memphis-Misraïm en Italie, voici ce que je notais :

« Les Arcana Arcanorum concernent les 87, 88, 89 et 90° degrés du Rite. Ce dont parle notre S∴ G∴ M∴ d’honneur concerne le dernier degré (99°, antérieurement 97°) où siègent exclusivement deux Frères : le Passé Grand-Maître (toujours) Grand Hiérophante et le Grand-Maître, nouveau Grand Hiérophante en formation, qui le deviendra en titre au passage de son prédécesseur à la Grande Loge Eternelle. Donc notre S∴ G∴ M∴ d’honneur a parfaitement raison mais personnellement, nous n’en avons jamais parlé que par allusion. »

Il existe pourtant des différences fondamentales entre ces deux dépôts, qui apparaissent déjà, en fonction de ce qui est dit plus haut :

Les Arcana ne sont pas une spécificité uniquement de Memphis-Misraïm, des Frères ou des Sœurs, ainsi que d’autres Organisations initiatiques les possèdent.

Il faut insister là-dessus. N’oublions tout de même pas que Georges Bogé de Lagrèze, Grand Hiérophante adjoint en 1942 (j’ai les diplômes et les documents qui m’ont été remis par Robert Ambelain, dont Lagrèze fut un des initiateurs à notre Rite), était également Grand-Maître de l’Ordre Pythagoricien de Dantinne (O∴ H∴ T∴ M∴) pour la France, comme le révèle le fond Lelarge dont je possède la copie intégrale.

Les Arcana ne peuvent se transmettre qu’oralement, c’est fon­damental, en une journée, avec, bien entendu, un suivi très long comme pour toute initiation de cette envergure.

Ils peuvent être transmis aux femmes comme aux hommes.

La Grande Hiérophanie, elle, ne concerne que deux per­sonnes (même si certains 95° en ont reçu la phase 1 de la première partie : cinq FF∴ au niveau international pour être très précis).

Elle demande plusieurs années (6 à 7 ans) pour être transmise intégralement comme mentionné plus haut, et n’est détenue que par le Rite authentique de Memphis-Misraïm et certainement pas par les nombreux « succédanés » sans valeur.

Elle ne peut être transmise actuellement qu’à un homme (voir les lettres de Robert Ambelain qui traitent de ce sujet).

Le seul point commun est que les Sources sont les mêmes, mais ici je dois vous renvoyer aux quelques livres mentionnés, ne voulant pas traiter de la partie « historique ». D’ailleurs, la partie « pratique » développée ci-dessous va vous éclairer.

A quoi sert et en quoi consiste donc cette Grande Hiérophanie (la vraie, pas celle dont se réclame une dizaine de personnes, rien qu’en France) ?

Je ne parlerai pas de ce que fut une Hiérophanie dans les temps anciens, vous en savez autant que moi à ce sujet, je me centrerai sur celle qui anime notre Rite. Dans un dossier, il existe la liste exhaustive de ceux qui ont eu droit à ce titre et le développement de leurs prérogatives.

La Grande Hiérophanie se compose de trois parties, qui en font cinq en réalité.

La phase 1 de la première partie qui a trait aux mancies, comme je l’ai déjà dit et écrit, permet d’obtenir des résultats tout à fait exceptionnels, (voir la préface de la réédition de Dans l’ombre des cathédrales, éditions Bussière, datant de cette année). Là, il s’agit de l’OSA (Omnia Sapientia Aegyptiorum), un oracle égyptien, en provenance de Cagliostro et de l’Égypte, d’interroga­tion d’un Dieu (de l’ancienne Égypte), oracle reposant sur un rituel précis quant aux jours, heures, orientations et parfums (voir éga­lement ce qu’en dit Robert Ambelain dans son écrit du 16 No­vembre 1988 et dans son interview de la même année).

Cet Oracle répond, non par des signes ou des symboles, mais bien par des phrases. Certains l’ont eu malheureusement sans les clefs de mise en action, ni la pratique avec l’initiateur, ce qui est fondamental et a demandé pour moi un an de travail avec mon prédécesseur.

Toujours dans cette première partie, on trouve la technique de « l’Orolomancie » de Cagliostro. Elle consiste à utiliser le « cristal magique » comme amplificateur pour la divination. On sait que ledit Cagliostro a utilisé avec succès cette technique expérimentée encore de nos jours et que les résultats sont toujours d’actualité…

On trouve les autres éléments dans le dossier particulier du Grand Hiérophante, notamment le « Hérem », rituel d’exécration ultra-puissant pour se débarrasser des criminels, (qui n’a rien à voir avec le Rituel de Mort maçonnique décrit dans les livres de Robert Ambelain et que je n’ai personnellement jamais utilisé), le rituel de maçonnerie occulte, dit de « maçonnerie personnelle », le rituel d’interrogation astrologique, etc.

La phase 2 de la première partie a trait à des procédés beau­coup plus spirituels, ils sont décrits de façon succincte, pour ceux qui n’ont pas les suites, dans les deux ouvrages de Robert Ambe­lain Alchimie Spirituelle et le Sacramentaire des Rose+Croix. On revient ici sur l’Alchimie spirituelle (la partie matérielle ayant été résolue au 90° degré).

La phase 3 de la première partie traite de l’extériorisation des corps subtils, pouvoir de radiance et de déconnection des cinq points clefs qui rendent à l’homme sa liberté primordiale. Il faut remarquer que deux écrits seulement, à ma connaissance, existent à ce sujet (durée totale : 3 à 4 ans).

La deuxième partie est en rapport avec la vraie Rose+Croix dite « essentielle » ou R+C E (voir l’ouvrage de Biasi déjà cité). On lira aussi ce que dit Sédir dans son ouvrage :  Histoire et Doctrine des Rose+Croix (durée : 2 à 3 ans).

La dernière partie, non doctrinale, consiste en la remise ri­tuelle de la Grande Hiérophanie (remise du grand pectoral égyp­tien), des consignes et de certaines archives secrètes (durée : 1 journée).

Tous eux qui pensent que les Arcana et la Grande Hiéropha­nie sont des chimères, grand bien leur fasse, car ils n’y auront jamais accès. Quant aux chercheurs motivés, éclairés et sincères, je pense que cet article pourra les faire réfléchir. Je pense également que jamais des vérités de cette nature sur le Rite n’ont été révélées. Il y en a bien d’autres (20°, 32°, 66° degrés), qui pourront faire l’objet d’un prochain article, éventuellement.

Article paru dans le Bulletin intérieur de la Grande Loge Traditionnelle du Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm. Hors-série, Mai 2002.

 

 

Extrait de : Le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm – Du fantasme à la réalité
MGS, Versailles, Editions Agastya, 2010, p. 223-231.

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